30 sept. 2010

Terre ou mer ?


A vous de voir...

Espérance (texte)

Espérance
Soudaine réminiscence d’une fragrance, alliances d’odeurs capiteuses qui me projettent en partance dans une transe sans aucune méfiance, dans une danse envoûtante et pleine de virulence.
L’opulence des épices de musc et de vanille m’entraîne vers une enivrante démence rêveuse, dans une tendre mouvance voyageuse, un doux sommeil où mon esprit balance entre la quintessence et la voyance, où mon âme avance vers une nouvelle espérance, où mon corps en carence de caresses n’admet plus la décence.
Toute la pertinence de mes sens est noyée par l’attirance de ses yeux marins, par la douceur de ses baisers salins, par la transparence de ses gestes sans fin, par la connivence de nos sentiments communs.
Janvier 2010

Mistral sur la mer Méditerranée...


Plonger ses yeux dans les bleus de la mer et en savourer son odeur iodée, sa saveur salée, sa fraîcheur marine... Se ressourcer en écoutant le bruit du ressac, les déferlantes des vagues sur les rochers, se laisser envahir par son murmure jusqu'au plus profond de son être pour se régénérer et prendre de sa force et continuer à aller de l'avant comme chacune de ses vagues, même si chacune d'elle vient s'échouer sur la grève et mourir l'une après l'autre...







Mistral... pousse, tire, emporte chacune de ces voiles vers le large et décore ce gris bleuté strié de blanc écumeux...

22 sept. 2010

La toile (texte)



La toile
Un rayon lumineux s’infiltre péniblement dans la pièce plongée dans la pénombre. Il s’étale sur les tomettes rouge clair comme la traînée d’une étoile filante. Sa clarté inonde le petit atelier où bien des choses se fondent sous une épaisse couche de poussière.
Peu à peu ce rayon se déploie et se couche sur le sol tandis qu’un à un les objets s’éveillent à cette nouvelle journée. Une petite table dévoile un pied, une toile blanche sur laquelle sont posés des pinceaux secs et jaunis, des tubes de Cyan, Magenta, Jaune Primaire dont la peinture fossilisée coule vers une photographie. Puis ce sont des toiles, des étagères où sont rangées des tubes, des spatules, des brosses, quelques fusains qui s’exposent à la lumière, comme le grand chevalet près de la petite table sur lequel repose une toile d’une blancheur éclatante mais troublée en son coin droit par une tache.
La lumière du soleil était si claire ce matin là que Philippe eut enfin le courage de monter dans son atelier. Sa volonté s’était affermie depuis quelques jours déjà, il avait maintenant besoin de l’exploiter sur une toile.
Depuis deux mois, son inspiration s’était tarie. Il se souvenait juste qu’il avait commencé deux mois avant une nouvelle toile avec du Jaune Primaire. Il n’avait fait qu’une petite tache, avec la brosse numéro dix qu’il affectionnait particulièrement, lorsqu’il voulait éclairer ses toiles. Il débutait toujours une toile ainsi, ses compositions étaient baptisées par une touche de jaune allongée en une ligne ou ratatinée en une douce et simple tache, cela variait selon ses intentions. La tache s’étendait alors sur la toile ou bien disparaissait totalement. Mais quelle importance ! Quel que soit le résultat de son travail, l’essentiel était que chaque toile soit d’abord défrichée par ce frêle jaune, que les ronces blanche de la surface soient démêlées afin que sa peur se confonde dans chaque création.
Mais il y a deux mois la peur est restée. Elle s’est incrustée subitement dans la toile, dans cette pièce et jusque dans les chairs du peintre. Elle s’est propagée rapidement, imprimant sa trace dans chaque cellule de son cœur, inscrivant ses caractéristiques ténébreuses et troublantes, lorsque sa femme Emilie, est venue lui apprendre la terrible nouvelle.
Ses jambes ne l’ont alors soutenu que le temps d’atteindre la chaise du couloir tandis qu’Emilie refermait doucement la porte. Tout l’atelier était ainsi entré dans un état de somnolence, de laisser aller, pris d’assaut par le doute et l’inconsistance.
Philippe est seul aujourd’hui dans la maison, le calme qu’il y règne contraste étrangement avec la fureur de ses idées. Depuis ces derniers jours, elles s’épanouissent, se jouent en harmonie sur la portée de son cerveau, l’occupent, le déconcentrent par leur hardiesse lors de ses lectures ou de ses entretiens. Elles rebondissent, hurlent même. Lentement, il se dirige vers la porte, tourne la poignée de cuivre froid et reste un instant saisit par l’éblouissante luminosité en entrant. Après avoir intériorisé la beauté de cet éclat, il se dirige prudemment vers le chevalet. Comme un automate, ses mouvements s’activent alors sûrement. La couleur jaillit sur la palette en bois, les mélanges se multiplient, les harmonies s’organisent tandis que la toile s’invente une composition de tons, de nuances où les rouges et les verts dominent cependant. Les formes se dessinent peu à peu dans cette cacophonie indisciplinée, sur des fonds violent, presque repoussants.
Et le rayon de lumière noie toujours de sa charmante gaieté l’atelier, tournant autour du chevalet pour finir par se fixer sur la main de l’artiste. Mais il reste peu, s’enfuyant face aux tonalités de couleurs qui s’affichent de manière désinvolte sur la toile.
Une porte claque dans la maison ; Philippe range alors son matériel, abandonnant l’atelier à la douce pénombre de ce soir d’été. Quand il tire la porte, il se sent fatigué, vidé de son énergie, mais immensément soulagé, aussi léger qu’un colibri porté par les airs. Le poids de ses idées, de sa douleur s’est atténué au fur et à mesure que la journée s’évadait vers un autre espace emportant enfin avec elle la peine du peintre.
Lorsqu’il embrassa Emilie, il la serra contre sa poitrine comme il avait coutume de le faire chaque soir. Mais elle comprit sur ce soir n’était pas le même que tous ceux qu’ils avaient vécus depuis deux mois. Non qu’il lui ait parlé, qu’il l’ait plus serrée, rien n’indiquait son activité dans les expressions de son visage, dans le gris de ses yeux ou dans le contact de ses mains. Il y avait juste une tache rouge sur le bas gauche de son pull-over.
1995


21 sept. 2010

Autoportraits en Arles


Le regard attire l'autre et l'autre attire des regards...

(Ce n'est pas un montage, mais un réel autoportrait reflétant mon état d'esprit...)

Qui regarde qui ?

L'AUTRE JARDIN (texte)

L'AUTRE JARDIN
La salle était inondée par le nuage des fumeurs, troué par la lumière diffuse des bougies. Le conteur se tenait debout sur une estrade. Deux bougies éclairaient son visage fin. Ses cheveux noirs étincelaient à la lueur tremblante des souffles d'une multitude d'yeux. Il racontait :
***
Un oiseau s'envola pour se perdre dans l'immensité du ciel.
Elle traversait lentement son jardin comme tous les soirs, posant doucement ses pieds dans l'herbe maigre, jaune, comme pour ne pas réveiller le microcosme qui y régnait. L'air froid lui piquait le visage. Elle se demandait comment elle pouvait vivre ici. Pourquoi y vivait-elle encore, d'ailleurs ?
Les mains derrière le dos, elle marchait au milieu de quelques buissons dont elle n'apercevait ni les feuilles ni les fleurs, quasiment inexistantes. Ses yeux ne s'habituaient toujours pas à la pénombre du jardin. Même la lune semblait ne pas connaître cet endroit, ou l'ignorait-elle ?
Elle savait, néanmoins où se trouvaient les murs de son jardin, de hauts murs, aux pierres rongées par la mousse. Ils ne laissaient presque rien entrevoir des jardins avoisinants, rien sinon l'inconnu. De part et d'autre, ils s'élevaient sur une hauteur, démesurée à ses yeux. Du vieux lierre, aux tons vert foncé, en recouvrait un pan. Débordant d'un autre jardin, quelques fleurs d'un bougainvillier, d'un vif rouge violacé, essayaient vainement de s'introduire dans ce jardin terne et lugubre.
Tout à coup, elle entend, venant de l'autre côté d'un mur, un étrange bruissement. Attentive, elle écoute, afin de déterminer la provenance de cette sensation. Elle se dirige alors, dans un frémissement de tout son corps, vers ce bruit qui vient d'ailleurs, de loin, elle le sait, elle le sent au plus profond de sa chair. Elle marche doucement pour ne pas perdre la trace de ce nouveau son, tout en s'orientant vers le lierre qui cache les pierres du mur. Elle en est sûre, le murmure vient de ce côté. Tâtonnant les feuilles, elle découvre un trou large comme une main. Elle tire sur quelques pierres, en les laissant glisser sur le sol.
Alors elle s'accoude, curieuse, sur le rebord du trou pour regarder en voyeuse, les trésors inconnus de cet autre jardin.
Dans la pénombre de la nuit, une douce lumière, provenant d'un point mystérieux, dessine les contours d'une silhouette. Rien ne bouge. Et elle regarde, elle regarde avec fascination ce tableau inexploré de la nature, neuf et ignoré jusqu'à présent. Elle regarde comme hypnotisée par une puissance divine, envoûtant tout son corps. Tout se noircit, s'obscurcit autour d'elle, comme si son jardin avait revêtu le deuil.
Mais dans l'autre, la douce lumière s'épanouit. Elle se répand, elle mouille tout ce qu'elle atteint de ses gouttes multicolores. Elle inonde de brillance toute une nouvelle nature, une nature inconnue pour ses yeux. Peu à peu, des fleurs aux couleurs éclatantes, éblouissantes dans la nuit se peignent à son regard. Les formes les plus extravagantes se composent sous les pinceaux des rayons lumineux. Une symphonie se réveille devant les yeux fatigués de la jeune femme.
***
Le conteur reprit son souffle pour porter la note de son histoire jusqu'à la fin. Tous les yeux s'ouvrirent pour voir...
Le visage du conteur, à la lumière des bougies, soleils voilés dégageant néanmoins une douce tiédeur, s'épanouissait au fil de sa narration. Sa bouche s'ouvrait telle la fleur rouge du pétunia, ses yeux pervenche aimantaient l'attention de l'auditoire.
La chaleur et la joie du conteur à raconter, s'infiltraient dans chacun des spectateurs assis sur des chaises en rotin ou allongés à même le sol sur de vastes couvertures. Un agréable engourdissement de leur corps, un léger envoûtement de leur esprit s'emparaient d'eux pour les transporter dans un rêve lointain ...
***
Ses yeux s'agrandissent d'étonnement face au somptueux tableau que Dame Nature lui offre.
C'est une palette de rouge coquelicot, de "rosiers des chiens" sur un côté, c'est une note aiguë de jaune par là-bas. Voilà un "œillet des Chartreux" qui éclot, et tout ce bleu des véroniques qui s'étale comme une vague déchaînée et parsemée d'écumes de linaigrette, aux ombelles d'un blanc cotonné, immaculé. Les jonquilles et les jacinthes des bois sonnent leurs carillons de couleurs, tandis que les narcisses des poètes diffusent leur odorant poème. Et puis ce sont encore des tapis de violettes émaillés de boutons d'or, de marguerites des prés. Ce sont des entrelacements de tiges, de bouquets, des enchevêtrements de roses sauvages, des écharpes de clématites enroulant les arbres ... C'est une folle farandole de fleurs, un folklore d'arôme, une partition de couleurs qui enivrent sa narine.
C'est un chant, une musique divine à ses yeux, pour son cœur, qui entraîne un trouble indescriptible en son âme.
Malgré son émoi, malgré la peur de l'inconnu qui lui noue la gorge, elle désire véritablement entrer dans la danse, partager les odeurs de cette partition, pour se noyer dans les parfums suaves et sucrés de cette éclatante symphonie.
Elle veut devenir aussi vivante que cette nature, heureuse esclave de cette lumière. Elle écarquille ses yeux. Elle sait que si elle les ferme, son rêve s'évanouira. Elle prend conscience que la magie cessera, qu'elle retombera dans sa vie froide et sombre, dans une solitude toujours plus monotone, fermée sur l'avenir.
Alors que depuis qu'elle admire l'autre jardin, la chaleur l'envahit, prend son corps comme si un homme la prenait, la possédait. Elle se sent vivre. Elle se sent aimé comme s'il devenait son amant. Elle réalise que ce n'est plus un rêve. Des sensations étranges l'entraînent, absorbe son énergie. D'autres encore lui confèrent la force, la gaieté de la vie.
Ce n'est plus une simple attirance, elle veut entrer, elle en est certaine. Elle veut oublier.
Elle souhaite renaître dans ce paradis, sentir les feuilles caresser sa peau, la toucher, la brûler de leurs baisers. Elle désire naviguer au milieu de ce brasier de couleurs, cette explosion de joie. Elle veut s'enfuir. Oublier.
Alors, comme sous l'impulsion de la folie, la jeune femme agrandit le trou, elle déchire le mur avec ses ongles, avec la force décuplée par le désir de liberté. Quand le trou est assez grand pour laisser s'infiltrer son petit corps frêle, elle glisse dans l'autre jardin, telle une cascade.
Apaisée, elle se couche un instant sur un matelas d'herbe fraîche.
Mais son apaisement n'est pas complet. Elle se souvient du trou, et, comme si les minutes lui étaient comptées, elle replace les pierres, une à une, méticuleusement, afin de le boucher à jamais. Afin de dissimuler l'accès de l'autre jardin, pour plus vite oublier le froid et la solitude, pour que personne ne vienne la chercher.
Enfin ici, j'étais sauvée. J'avais réussi à changer d'univers, à découvrir la porte de l'avenir. Je pouvais commencer la quête de la silhouette que j'avais aperçu, chercher mon double, celui et ceux dont j'avais besoin pour découvrir et partager ce monde nouveau.
***
Texte écrit par Claudine Mistral en mars 1993.
Nouvelle présentée au concours du C.R.O.U.S. d’Aix-Marseille en 1993.
Troisième prix régional.

Sentier des Douaniers

Suivre un chemin entre les arbres, plonger dans la lumière et découvrir les bleus du ciel et de la mer au détour de quelques pins.


Nager entre les bras de la forêt et se laisser porter par la succession d'ombres et de lumière à la recherche des curiosités de la nature...

Découvrir une branche, par le vent torturée, redessinée, sculptée... s'imaginer la parcourir tel une fourmi pour en découvrir tous les reliefs et les points de vue...

12 sept. 2010

« S’occuper des autres, c’est s’occuper de soi. » (texte)

« S’occuper des autres, c’est s’occuper de soi. »
N’importe quoi ! S’occuper de soi est bien mieux. Les autres, qu’a-t-il à en faire ? Pour ce qu’ils lui apportent ! Que des ennuis. Ces gamins qui courent dans les escaliers et qui tambourinent à sa porte plusieurs fois par jour. Il va s’en occuper un jour ! Pour sûr ! Un coup de fusil à plomb dans les fesses et ils lui ficheront la paix ! Et cette musique, qui traverse les murs pour l’empêcher de dormir à deux heures du matin. Là, c’est les plombs de l’immeuble qu’il aimerait faire sauter ! Les autres, les autres, il n’en peut plus…
Comme ces jeunes qui passent des heures à discuter sous ses fenêtres à l’heure de la sieste, ça ne le berce même pas, tellement ils parlent fort ! Comme ces moteurs de mobylettes, ces pneus qui crissent, ces échanges verbaux de balcons à fenêtres insupportables… Seul au milieu de cette foule hostile.
Sonnerie.
Il fait un bond, se lève péniblement tout en regardant l’horloge. Ce doit être l’infirmière qui vient, comme tous les jours, s’occuper de lui.
Enfin, quelqu’un pour lui, même si cela ne dure qu’une petite heure, quelqu’un qui va lui faire oublier tous ses tracas, qui va s’occuper de son corps meurtri par les années de son esprit affaibli depuis des mois.
Oui, enfin quelqu’un pour lui…
Septembre 2009

2 sept. 2010

Rêve (texte)

Rêve
Elle est allongée sur l’herbe verte et grasse. Ses yeux se perdent dans l’immensité du ciel tandis que d’enivrantes odeurs de fleurs la saoulent doucement.
Les nuages défilent, changent de formes : voici un oiseau, puis un train, les bosses d’un chameau ou serait-ce les dunes d’un désert chaud comme cette journée d’été.
Une légère brise se faufile entre les arbres, les feuilles bruissent et leur musique la berce. N’entend-elle pas le clapotis de l’eau d’un ruisseau ?
Ses paupières sont tellement lourdes maintenant qu’elle n’est plus très sûre de ce qu’elle entend. Elle est bien, détendue.
Elle ne sent plus la fraîcheur de l’herbe, mais la tiède chaleur du sable fin, sa douceur épouse les formes de son corps, comme la main d’un homme qui façonnerait dans l’argile une statuette à son image.
Son corps est pesant comme s’il était devenu marbre alors que son esprit semble s’envoler avec les mouettes pour naviguer sur les courants du ciel.
Elle repose, libérée des contraintes du quotidien, dans sa solitude joyeuse et paisible.
Elle est ailleurs.
Janvier 2010