12 oct. 2010

Images de manif...



Une lettre en moins et nos problèmes se muent ...


en une lumière pour nous ramener inévitablement ...


vers des idées plus terre à terre.

Etirements...




Griffes ou dents, laisser traîner ses mains peut être dangereux !

Un cap... (texte)

Dans la vie, on a parfois besoin de changer de cap tout en naviguant sur le bateau qui nous a permis de rester à flots.
Il sortait de chez lui. Il était tôt mais ses mains étaient encore chaudes des caresses qu’il avait prodiguées à son chat avant de partir. Dans ses yeux, le chat avait deviné ses intentions. Il s’était saoulé de caresses jusqu’à ce qu’il ouvre la porte. Il était resté assis, le regard fixé sur l’homme aux cheveux bruns qui sortait de sa vie.
Le froid mordant du petit matin vint piquer son visage. Sa peau frémit. Un frisson parcouru son dos et lui fit refermer sa veste tout en maintenant son sac à dos sur une épaule.
Ses yeux clairs fixaient la route légèrement glacée par le givre, tandis que ses pas le menaient de bon train vers la première station de métro pour le guider vers une gare. La lune nimbait encore les murs de sa douce lumière opaline.
Il était décidé à prendre n’importe quel train, pourvu qu’il l’éloigne de cette triste et misérable vie dans laquelle il s’était laissé enfermé par amour, enchaîné à la tendresse d’une femme, avec qui il pensait partager sa vie jusqu’à ce jour où il se promenait dans ce parc près de chez eux.
Il les avait vus rire, parler, s’embrasser même. Elle lui caressait tendrement le visage tandis qu’il buvait ses paroles. Il se noyait dans ses yeux en souriant. Leurs sourires étaient une promesse de bonheur, de complicité qu’il ne connaissait plus. Ils n’étaient pas tout jeunes pourtant mais ils rayonnaient tout simplement.
Il avait fermé les yeux pour rechercher ces moments qu’il avait vécus avec la femme dont il partageait la vie. Comme ils étaient loin ! Comme ces émois passionnés étaient loin ! Qui était-il devenu ? Qu’en était-il de ses rêves, de ses attentes ?
Il les avait mis de côté pour lui plaire, il s’était effacé car il l’aimait, il avait aimé ses projets, ses passions, et même s’il se sentait un peu frustré de ne pas pouvoir exprimer ses propres passions comme il l’aurait souhaité, il avait accepté sa vie, leur vie. Tout s’était mis en place doucement, mais sûrement, presque mécaniquement.
Mais voilà, aujourd’hui, il refusait de se perdre totalement en elle, il regretterait certainement bien des aspects de cette aventure mais il y gagnerait aussi à se retrouver, à reprendre sa propre aventure, là où elle s’était effritée, empoussiérée par les habitudes du temps. Il devait ouvrir à nouveau les yeux sans le sable qu’elle y avait déposé et qu’il avait bien voulu garder.
Partir était sa solution. S’éloigner. Peut-être serait-il capable de revenir un jour, plus fort de s’être retrouvé et d’enfin vivre tel qu’il le désirait. Partir était sa condition de survie, partir pour redécouvrir le monde, se redécouvrir, non pas avec de nouveaux yeux, mais avec ses yeux, ceux qui étaient restés fermés depuis trop longtemps. Partir loin. Prendre un train, un bateau peut-être, trouver la route qui lui permettrait de retrouver son chemin de vie.
Le chat l’avait compris. Il l’avait laissé partir même si dans ses yeux il lui implorait de rester. Mais c’était le sacrifice qu’il avait accepté de faire pour se retrouver.
Claudine Mistral-Bories, janvier 2010

LA RONDE (texte)

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"" LA RONDE ""
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L'enfant marchait au fil des rues, il regardait toutes ces lumières qui s'allumaient. Les unes étaient jaunes, d'autres blanches, des néons ça et là rougissaient ou bleuissaient un coin de nuit, une porte. Et les numéros des maisons, au-dessus des portes défilaient inlassablement. La nuit, de plus en plus noire, enveloppait ces lumières, rendait sa promenade plus monotone.
Soudain, à la lumière, comme un peu plus éblouissante, d'un réverbère, Antoine aperçut une grande porte en bois, à deux battants et finement sculptée. Une force irrésistible le poussait à la regarder, à aller vers elle, à la toucher. Doucement sa main se posa sur la poignée. Une sensation étrange le fit tressaillir. La poignée est chaude, se dit-il étonné. Son désir de curiosité toujours grandissant, n'ayant étrangement pas peur, sentant même une douce chaleur l'envahir, Antoine ouvrit la porte et entra.
Il se retrouva dans un couloir, au fond duquel s'échappait un léger rayonnement de lumière. Plus il approchait, plus la lumière éclatait de vigueur, de force, plus la chaleur l'enveloppait. Il n'éprouvait plus ici cette sensation de solitude, de froid qu'il ressentait tout à l'heure dans les rues.
Il arriva dans une petite cour, où toute la gaieté de la vie semblait s'échapper. Il y avait des tables, de la nourriture y était déposée, en quantité inimaginable. Il y avait des gens, des hommes, des femmes, des enfants, dansants joyeusement en ronde, habillés de vêtements simples mais si beaux, si colorés pour les yeux tristes d'Antoine. Il semblait que la folie régnait en ce lieu. Antoine, son silence, ses vêtements gris, son immobilité contrastaient nettement dans ces décors.
C'est alors qu'il sentit cette violente brûlure à la main. En effet, une jeune fille la lui avait prise. Antoine se sentit transformé, transporté dans un autre monde. Comme par magie, ses vêtements changeaient de couleurs : du jaune, du rouge, du vert, ... repeignaient ses habits. Il n'avait plus froid. Mais le plus étonnant, ce qui l'effraya d'abord un peu, c'est qu'en rentrant dans la ronde, petit à petit, il entendit, enfin, des bruits, puis des sons, des voix. Il semblait se réveiller, sortir du silence pesant dans lequel il se noyait depuis des années. Et il se mit à chanter avec ces gens, son plaisir, sa joie augmentant de plus en plus en entendant sa voix, sa propre voix, chaude et douce qu'il ne connaissait plus. Enfin, il était heureux.
Quand Antoine se réveilla, son visage était mouillé par des larmes, mais ces larmes, ce matin, n'étaient plus de tristesse, elles étaient de joie : il entendait le chant d'un oiseau par la fenêtre ouverte. Il aima ce chant, il l'aimera toujours ; il était heureux d'entendre palpiter son cœur en regardant le soleil ; Il était heureux que sa mère l'ait emmené dans cette clinique pour qu'un grand docteur l'opère et essaye de lui rendre son ouïe. Enfin, il aimait la vie.
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1991 Claudine Mistral.
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« La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute » Pierre Desproges. (texte)

« La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute » Pierre Desproges.

Sur un petit rectangle de papier blanc, elle recopie une recette de cake salé lue dans l'un de ces magazines qui sont mis à disposition dans les salles d’attente médicales. C’est certain, elle va régaler ses amis. Après son rendez-vous, elle s’arrête à la superette du quartier, sort sa liste de course et rayonne à travers les allées perpendiculaires du magasin, tel un mini New-York, à la recherche des différents ingrédients ; Elle ne trouve pas d’olives noires ! Que cela ne tienne, elle attrape un sachet d’olives vertes. Ensuite, elle ne trouve pas de petit salé ; Ce magasin est vraiment vide ! alors elle le remplace par du jambon. Elle termine ses achats et se retrouve dans la rue avec ses deux sacs bien remplis, car bien sûr, elle ne s’en est pas tenu à sa liste ! sait-on jamais…
Elle arrive devant sa porte, dépose un instant ses sacs pour faire le code d’entrée et s’arrête devant l’ascenseur du hall. « EN PANNE » Oh, là, là, quatre étages à pied avec toutes ces courses ! Un, deux, trois étages. Elle croise la voisine du cinquième qui descend promener son petit chien, enfin son « microbe », ces petits chiens, hargneux et ridicules ne l’attirent vraiment pas. Elle, si elle n’habitait pas ce petit appartement, elle aurait un gros chien, un de ceux qui ont besoin de courir, qui ne peut pas se cacher sous le canapé et qui vous écrase les jambes de chaleur lorsqu’il partage le canapé avec vous. Quatrième étage, enfin. Sortir les clefs, au fond du sac bien sûr, perdues au milieu de son indispensable fouillis. Les deux serrures sont vite ouvertes : elle entre, quelle chaleur ! Vite, ouvrir les deux fenêtres du salon, se servir un grand verre d’eau fraîche avec un peu de jus de pamplemousse. Hum…Quel délice. Encore un… Mais le temps ne peut se suspendre indéfiniment, la voilà en cuisine se lavant les mains, passant prestement un tablier rouge, sortant ustensiles et ingrédients. La cuisine est vite envahie de plats La recette est modifiée sans scrupule, agrémentée d’un peu de piment d’Espelette, et elle envoie le tout au four qui préchauffait.
Tel un coup de vent, elle transforme le salon. Le canapé et la table sont déplacés, la terrasse aménagée avec des bougies dans les pots de fleurs, une jolie nappe aux couleurs printanière, des verres colorés pour l’apéritif et quelques amuse-gueules. Elle attend six personnes. Elle pourra toutes les asseoir dehors puis les installer dedans pour le repas, même s’ils seront quelque peu à l’étroits. Elle n’est pas mécontente de cet appartement, même si ce n’est pas ce qu’elle envisageait lors de ses recherches. Petit certes, mais avec une terrasse spacieuse où elle peut, en plus de la table, mettre un transat pour profiter du soleil et quelques pots de fleurs. Un peu de nature en ville, avec même de temps à autre des visiteurs ailés.
La sonnerie retentit alors qu’elle pose ses couverts et assiettes sur sa table nappée de rouge basque. Déjà sa sœur et son ami rentrent avec les mains chargées de fleurs pour lui, de gâteaux pour elle. Une tarte qui fleure bon la poire et le chocolat et une charlotte aux framboises faites maison. Bises. Elle les installe sur le canapé, leur glisse un verre d’eau dans la main, pose la carafe sur la table, continue de s’affairer quelques minutes avant de sursauter à un nouveau coup de sonnerie énergique. Qui est-ce cette fois ? Son ami d’enfance Mathias ou sa collègue Pauline ? Emilie, sa sœur ouvre la porte et s’efface pour laisser entrer un grand homme brun suivi par un autre plus petit aux cheveux corbeau. Mathias présente Lucas à Emilie et Fred et chacun s’embrasse simplement mais chaleureusement. Bon, le copain n’était pas prévu, mais elle fera avec ! Lucas pose sur la table un énorme saladier recouvert d’un torchon et s’approche en douceur comme pour se faire pardonner cette intrusion imprévue, pour lui glisser à l’oreille « paëlla faite maison » Le temps semble se suspendre à nouveau quand ses mains soulèvent le tissu et que ses papilles s’ennivrent des odeurs de la mer, du riz safrané et de l’Espagne. Déjà Mathias lui vole le saladier pour le mener en cuisine la laissant un instant pensive, les yeux ailleurs, au fond de la mer bleue, suivant les couleurs chatoyantes de poissons et des rayons du soleil…
La main de Lucas sur son épaule la tire des eaux de ses souvenirs, tandis que la sonnerie s’égosille à nouveau. Est-ce Pauline cette fois ? Pourvu qu’elle n’ait pas oublié le vin ! Elle ouvre la porte pour voir apparaître cette fois trois sourires et paires d’yeux pétillants comme un petit feu d’artifice. Huit, les voilà huit ! sur quoi va-t-elle les asseoir ? Derrière les trois filles apparaît soudain le visage de son voisin de palier. Elle n’hésite pas. Vous avez quelque chose de prévu pour ce soir ? non. Vous n’auriez pas trois chaises ou tabourets ? oui. Et bien, on vous attend.
Les filles entrent, bientôt suivi par le voisin. L’appartement a soudain rétréci, mais s’est paré de rires et de voix, de bruits de verres, d’assiettes, de chaises. Chacun trouve sa place, celle qui n’était pas prévue mais qui se présente maintenant dans ce tourbillon de bonne humeur et de détente, éclaboussée par le flash d’une photo souvenir qui se retrouvera un jour prochain sur un petit rectangle de papier blanc.
30 août 2009

11 oct. 2010

Alphabet 2 (texte)

Alphabet 2
Dans le vaste Abri de mes pensées, cognent les Bruits du blanc silence. Le Carnaval palpite de couleurs, respire de splendeurs et chaque inconnu joue le bonheur avec Doigté, dans l’harmonie délicieuse du soir. Effilées sont les noueuses mains du Futur. Grave est l’Histoire terrible du monde. L’Image scintille dans mes yeux, verts comme le printemps, tandis qu’une Joie intense s’étale sur ma peau, tels des pétales de roses rouges. Tout près d’une corbeille de rotin, le Jus fluide d’un Kiwi coule doucement, comme chaque lettre d’un Livre glisse délicatement sur ma langue. L’éclatante Musique des mots se fait soudain plus rapide, plus cuivrée, plus Navale et Onirique. Derrière le trouble Paravent de leur signification, leur savoir enfle à chaque pulsation. Le superbe jardin de la connaissance, s’ouvre sur la véritable Qualité, comme les fleurs d’une Roseraie se tournent immanquablement vers le char d’Apollon. Sauvages de Transparence, mes idées s’entrechoquent avec les mots et le silence se peuple de délirants murmures. Les Urgences de mon esprit éclaboussent de douleurs la Ville en fête. Même le Whist ne pourra m’extraire de la Xénophobie qui m’assaille. Seule, peut-être, une Yole fleurie, au gré des courants m’emportera, moi, le Zonard de la littérature.
Le 10 avril 1994

8 oct. 2010

Quelques nouvelles... (texte)

« D’accord. T’es dans le coup.»
Enfin, il avait réussi. Il s’était introduit dans leur groupe au prix d’énormes sacrifices, mais cela en valait la peine.
Il y avait Jo, grand, brun, économe dans ses paroles et très méticuleux.
Il y avait aussi Miranda, brune, avec une peau laiteuse et des yeux en forme d’amande, une voix chaude et envoutante.
Il y avait encore Emmett, chaleureux, le regard bienveillant mais parfois absent, avec de longs doigts bien manucurés.
Et lui, il y avait lui, aussi, maintenant. Petit, insignifiant mais présent, tenant fébrilement dans sa main son harmonica.
Il regarda Jo prendre doucement son violon, Emmett s’assoir en calant tranquillement sa guitare sur ses genoux, Miranda attraper le micro presque sensuellement.
Il passa une main dans ses cheveux pour se donner du courage et évacuer sa fébrilité, puis approcha l’instrument de sa bouche.
Et ce fut la magie des sons s’entremêlant, des vibrations des cordes, de la voix et de son souffle, chacun s’accordant à l’autre pour le transporter là où il rêvait d’aller depuis toujours, le monde de l’harmonie.


J’écoute le silence. Silence pesant.
J’écoute le silence. Silence, absence.
J’écoute le silence.
Toutefois, je perçois ma respiration. Je sens cet air qui gonfle mes poumons, cet air qui irrigue mes organes jusqu’à mes oreilles qui écoutent le silence.
Je perçois une lumière. Est-ce la lune, une étoile ? La lumière diffuse, s’étale sur le silence qui m’enveloppe, m’étreint comme un amant qui aurait peur de perdre l’objet aimé.
Mais toujours j’écoute le silence. Silence vide de paroles. Silence vide de bruits. Silence vide de vie.
Pourtant je perçois ma respiration mais aussi cette lumière. Oui, j’écoute le silence, mais il suffirait de l’attraper, de le serrer, de le broyer pour que renaissent, peut-être, les bruits, les sons, les paroles, la vie.
En serai-je capable ?


Tu t’es approché à deux pas de moi. Tu ne m’as pas touché, tu m’as seulement parlé. Tu m’as parlé et tu m’as écouté. Nos yeux se sont croisés, nos paroles se sont enlacées et la conversation a commencé.
Tu t’es approché à deux pas de moi et le passé s’est recréé. Tes mots ont soulevé de lointains souvenirs, mes mots ont révélés de probables avenirs. Doucement.
Tu t’es approché à deux pas de moi mais jamais nos doigts ne se sont effleurés. Nos mains ont plutôt créé de vives paroles gestuelles, alimentant le verbe de nos lèvres.
Tu t’es approché à deux pas de moi et voilà que notre amitié si longtemps mise entre parenthèses a ressurgi de notre passé pour nous révéler l’un à l’autre, personnage oublié que le temps avait éloigné.
Tu t’es approché à deux pas de moi et j’ai aimé retrouver en mon cœur cette complicité égarée, cette harmonie enfin dépoussiérée du temps qui nous avait séparés.
Tu t’es approché à deux pas de moi. Une part de moi renait. Enfin.


Il y a là-bas quelqu’un qui parle tout seul.
Il est assis sur un banc sous les arbres qui bruissent timidement. Il se penche doucement sur le sol et ramasse une poignée de sable. Il referme délicatement son poing et le ramène vers lui en le levant légèrement. Peu à peu, il le desserre, le sable glisse entre ses longs doigts ridés comme les paroles glissent entre ses lèvres. Le soleil fond sur lui, l’éblouit. Il ferme les yeux, mais laisse couler le sable comme le vent soulève ses cheveux. Les feuilles se soulèvent et s’envolent emmenant avec elles ses paroles vers le ciel. Je tourne la tête pour les suivre un instant. Quand je regarde à nouveau vers le banc, il a disparu.
Il y avait là-bas quelqu’un qui parlait tout seul.


Ainsi parle l’inscription en lettres bizarres sur le sac.
Des lettres, des chiffres, des signes, des codes. Bizarres.
Beth ne comprend vraiment pas ce qui se passe. Devient-elle folle ?
Le sac semble ouvrir ce qui pourrait être un œil et se remet à lui parler.
« Ne soyez pas stupide, regardez-moi ! »
Elle ferme vivement les yeux, se bouche les oreilles, pince ses lèvres, se murmure une prière avant de faire face de nouveau.
Maintenant, le sac s’est gonflé et flotte au niveau de son visage. Il y a trois fentes, dont l’une semble lui faire un clin d’œil.
« Allez, attrapez-moi, ne me lâchez plus et ramenez-moi chez vous à l’abri ! S’il vous plaît… »
Elle est maintenant ahurie, absolument stupéfaite que ce vulgaire sac en plastique la prie ainsi.
Elle qui n’utilise que des sacs en papier, tout simple, sans inscription aucune, reste muette de d’être fait aborder ainsi par un tel sac et lui répond du tac au tac.
« Et puis quoi encore, il faudrait que je vous repasse, vous plie et vous range dans mon placard ! Ce que j’ai vraiment envie de faire, c’est de vous ouvrir bien grande ma poubelle ! Alors passez votre chemin et allez voir ailleurs. »
Elle tourne le dos et s’éloigne d’un pas décidé vers des aventures moins plastifiées.


Cesse de parler comme un homme qui rêve. Rêve plutôt comme un homme qui parle. Agit.
Bouge. Déplace les montagnes. Avance. Regarde la mer et nage au-delà de l’horizon.
Monte sur les bateaux que tu croises et visite-les. Découvre-les. Explore-les. Essaye-les.
Choisis celui qui saura t’accueillir, te chérir, te guérir peut-être.
Parle au monde, au ciel, à la terre, à tous ceux dont tu ne faisais que rêver.
Aborde-les, accoste-les pour grandir, pour mûrir, pour vivre.


« Parfois, tu ressembles à une vache ! »
C’était dit ! Elle ne supporte plus de le voir mastiquer ses chewing-gums à tout moment de la journée si bruyamment. Elle est furieuse, les lèvres pincées, les sourcils froncés. Il le voit bien dans le rétroviseur intérieur. Elle se gare, coupe le moteur, sort de la voiture, ouvre brutalement le coffre et en extrait un gros sac.
« Viens ici, je voudrais vérifier une chose. »
Après avoir fouillé au milieu de divers objets entassés dans le sac, elle sort un mètre ruban bleu.
« Approche ! Tourne-toi ! Lève les bras maintenant ! Plus haut ! Mais reste bien droit ! »
Elle se tait, enfin, se calme, le regarde droit dans ses yeux noisette.
« C’est décidé, pour le prochain Carnaval, je ne vais pas te faire le costume de Spiderman, je vais opter pour une belle vache blanche avec de grosses taches noires et surtout je n’oublierai pas de te coudre deux belles poches pour que tu y glisses le contenu de deux ou trois boîtes de tes précieux chewing-gums. Comme ça, je pense que tu feras fureur ! » dit-elle, souriant enfin, les yeux pétillants maintenant d’une malicieuse joie.
Il la regarde, sourit d’abord avec ses yeux et se met franchement à rire.
« D’accord maman, lui dit-il en lui prenant la main, puis il murmura, je t’aime ma petite maman. »


Envol
Des bandes d’oiseaux passent très haut dans le ciel.
Et moi, je suis ici au raz du sol, scotchée par les événements.
J’aimerai être aussi légère que ces oiseaux, pouvoir me libérer de mes soucis, m’envoler avec eux et découvrir d’autres ailleurs que mes ailleurs intérieurs, peints de solitude, de regrets et de tristesse.
Je voudrais décoller, me sentir portée par les courants des masses d’air, monter, descendre puis me poser pour explorer un nouveau lieu, rencontrer d’autres yeux.
Je regarde ces oiseaux et je me demande comment prendre mon envol sans me blesser, pour laisser derrière moi le chagrin, l’amertume, la trahison.
Je voudrai ouvrir les yeux sur un ciel bleu, sur de nouveaux paysages mais aussi re-connaître ceux qui me sont familiers pour à nouveau pouvoir y vivre, sans fuir, une nouvelle liberté.


Août 2009

Peau, poésies... (texte)

Peau parfumée, métissée
Effleurée, caressée
Ambrée, perlée de rosée
Unique, parsemée de grains de beauté.

Parfum
effErvescent
satiné pArchemin
d’un corps apparU

Longs doigts argentés, déposés délicatement sur les traits galbés d’un corps lové sur un canapé. Longs doigts caressants doucement les palpitations de ce corps mouvant. Longs doigts frémissants, parfumant voluptueusement la peau de ce corps émouvant. Longs doigts pénétrants les pores suintants, chaleur étouffante, de ce corps excitant. Longs doigts possédés par cette peau ouatée, aux secrets dévoilés, par ce corps tant convoité.
2000

Des mots... (texte)

In - différence.
Immense murmure, bétonné, gris.
Vision restreinte, décevante.
Sur soi-même, éternel repli.
Toujours des paroles accablantes.

Indifférence,
Mes aspirations amicales, tu les brimes,
Tu les étouffes, tu les comprimes.
Foule multicolore, bigarrée et pressée.
Voyage dans la pure introspection.
Visages pâles, mais surtout fermés.
Terrible absence de chaudes relations.

Indifférence,
Pernicieuse maladie, comme un²
Tu m'oppresses, tu m'ennuies, tu m'attristes.

Pas d'humour. Peur du ridicule. Aucun sourire.
Paroles, voix ? A peine sont-elles murmurées ...
Seules des odeurs, parfois agréables, mais pas de rires.
Seulement des corps qui ne chavirent jamais.
Le 13 avril 1994.
Verbes
Dire, exprimer, chanter, écrire, murmurer ...
Dire les mots, les phrases et même un long texte
Définir ces mots, les colorier à son gré.
Exprimer une idée, l'interpréter,
S'aventurer dans la complexité philosophique.
Chanter la vie, les enfants, la peine,
Crescendo, pizzicato ou a capela, qu'importe !
Ecrire l'amour, la défaite ou la gloire,
Dessiner sur une feuille blanche ses émotions pures.
Murmurer doucement, simplement un poème,
Ou des mots tendres à son amant, à son enfant.
1994