29 déc. 2014

Expositions et manifestaions prévues en 2015

 Carte postale à 2€ sur demande
Toutes les photos publiées sur ce blog ou sur ma page Facebook sont réservées de droits mais peuvent faire l'ojet d'un tirage sur demande par mail à claudine.mistral@gmail.com


Expositions



Juin 2015 
L'eau dans tous ses états à Auriol (13), à la Salle des fêtes, organisée par le club photo de l'ALCAA.

Juillet et août 2015
Matières et couleurs à La Bouilladisse (13), à la médiathèque.

Décembre et janvier 2015
La mer à Mimet (13), au restaurant La Grand Puech.



Manifestations 

Avril 2015
Le printemps des Arts à Peypin (13)

Mai 2015
Art'M à Auriol (13), salon des arts organisé par l'ALCAA


Novembre 2015
 Le supermarché de l'art à Toulon (83)




Voyages (texte)



L’ombre d’une main tombe délicatement sur un stylo. Les doigts s’en emparent et l’étreignent fermement comme les mains d’un homme sur les hanches d’une femme, l’attirant au creux de son corps.
Les mots s’allongent doucement sur la feuille blanche et tracent une tapisserie romanesque où les personnages se croisent, où les regards s’enflamment, se frôlent, se caressent, où les histoires se mêlent au gré des désirs, en fonction des joies ou des tristesses, où les couleurs s’éclairent ou retombent dans l’ombre.
L’encre parchemine encore et encore, séchant au doux soleil de l’automne, comme l’eau sur les corps sous l’éclatant soleil d’été. Les doigts restent crispés sur l’ustensile tandis que les mots glissent. Les lignes, telles des vignes aux ceps tordus, s’installent sur le papier créant un vignoble dont les mots, au fil du temps, comme les grains de raisins, feront une douce liqueur pour le lecteur qui saura les déguster, les laissant fondre dans sa bouche.
Les feuilles roussies tombent des arbres et s’envolent comme les cœurs transis des amoureux, comme les voiliers s’éloignent de la côte vers de mystérieux voyages autour du monde terrestre et humain. Les lettres prendront alors de nouvelles formes et d’autres significations.
Puis elles marcheront sur les lignes étroites de nouvelles pages, écrasant les végétaux jaunis des bois et forêt, parfois dans les parcs d’une grande ville, suivant les rails de la page d’écolier pour, au sifflement du train, descendre en gare et découvrir architectures, musées, paysages…
Bientôt la neige viendra recouvrir la nature et la vivacité des hommes, d’un manteau lourd et si délicat, mais l’encre noire poursuivra son chemin, laissant des traces invisibles mais gravées dans les esprits et les cœurs.
Au printemps, les fleurs seront de nouvelles promesses, de nouvelles douceurs et les phrases continueront à progresser sur le papier, le stylo toujours en alerte aux chants des oiseaux, les mots toujours aussi vivants que naguère sous la plume de l’écrivain même si l’ordinateur prendra le relais dans un futur où les lecteurs, même s’ils abandonnent le papier, auront toujours besoin d’histoires pour embellir ou raconter leur vie.

© Mistral Claudine
29 décembre 2014
Auriol

Mon Top 50 des photos de l'année 2014 aimées sur Facebook

Voici mon top 50 réalisé par Paul Faucille sur Poloroid.fr

http://top50.poloroid.fr/2014/cmistral/

Copier le lien pour voir quelques unes des photos publiées au cours de l'année sur ma page facebook :
https://www.facebook.com/clo.mistral

Bonne visite

Bric-à-brac (Texte)




La petite fille avait renversé sa caisse de jouets sur le sol plastique de l’auvent de la caravane. Il y avait des balles multicolores, des formes géométriques, deux peluches (un lapin bleu et une girafe verte, allez comprendre pourquoi, ce sont celles qu’elle adorait), quelques ustensiles de dinette, une multitude de Lego, des fruits et légumes en plastiques et autres...

Avec le tout, elle s’inventait des histoires, des histoires réelles, fantastiques au gré de ses envies, de ses humeurs. Elle les peaufinait dans sa tête pendant des heures jusqu’à ce que son petit frère se réveille : elle était alors en mesure de lui donner la meilleure version, celle dans laquelle une multitude d’objets étaient utilisés. Elle les lui présentait au fur et à mesure en les reposant tout autour d’eux, jusqu’à ce que leur père ou mère n’arrive.

Elle adorait voir les petits yeux verts de son frère pétiller, même s’il ne disait jamais rien. Ses lèvres aussi affichaient un sourire quand c’était amusant ou une moue triste lorsque l’aventure devenait dangereuse ou mortelle pour l’un des protagonistes de l’histoire narrée.

C’était leur rituel.

Après cela dépendait des parents…
« Range tout ce bric-à-brac Maëlys, nous allons à la plage. Si tu veux, tu peux prendre quelques jouets, mais tu laisses tes peluches… elles n’aiment pas vraiment le sable et la plage. »



Maëlys n’était pas d’accord. Ses peluches auraient adoré venir jouer dans le sable, toucher et goûter l’eau de la mer. Mais là, elle ne pouvait décider.
Alors elle choisit encore avec minutie les jouets les plus appropriés à l’invention d’une nouvelle histoire dans ce nouveau lieu. Et même si elle ne pouvait emporter ses deux doudous, elle raconterait à son petit frère qu’ils étaient allergiques au soleil ou aux posidonies, ou encore elle pourrait dire qu’ils avaient attrapé la varicelle… Peu importe… elle inventerait encore de nouvelles aventures avec son bric-à-brac, ne serait-ce que pour entendre la joie de son frère, pour voir ses yeux briller de plaisir, pour voir ses mains se tordre de peur… encore et encore…



© Claudine Mistral
18 juillet 2013 et 29 décembre 2014
Porquerolles et Auriol

27 déc. 2014

Côte Est de la Corse : Calanches de Piana et réserve de Scandola














Joyeux Noël 2014


Interruption (Texte)




Hommage à toutes les professions qui donnent de leur temps et d'eux-même pour sauver les vies d'autrui....



Je me réveille en milieu de nuit, encore le bip ! Encore une intervention. Il faut que je rassemble mon esprit…

Je suis si fatigué. J’aimerai passer une nuit tranquille, une véritable nuit de repos. Me laisser bercer par les minutes de silence au milieu de la nuit, écouter le souffle du sommeil de ma fille, sentir la peau de ma compagne sous les draps.

Mais le bip insiste et pour ne pas réveiller ma famille, je me précipite à pas de loup vers l’appareil pour l’arrêter. Je me dirige vers la salle de bain et une fois devant la glace, j’observe mon visage. Mes cheveux bruns hirsutes attestent avoir passé une partie de la nuit sur mon oreiller, mes yeux verts sont petits, étirés en amande, ma peau brunie par le soleil semble pourtant terne à cause du manque de sommeil de ces dernières 48 heures. Mes épaules carrées sont capables de soulever des charges énormes, mais je les sens tendues et l’eau chaude me soulage un peu. Je laisse couler l’eau sur mon visage pour effacer les tentacules nocturnes qui me rattrapent déjà.

Je m’habille rapidement, l’habitude de la caserne, vérifie mon uniforme et me lance à l’assaut de cette nouvelle intervention, seul dans la nuit calme dans laquelle j’entendrais bientôt les bruyantes et salvatrices sirènes.

5 décembre 2014
© Mistral Claudine
Auriol

21 déc. 2014

La lettre (texte)



2014 – Mairie d’Auriol.
Une grande enveloppe vient d’être déposée à l’accueil par le facteur.
Une enveloppe dans laquelle une petite lettre a fait un long voyage.
Tout commence un matin de décembre 1914.
Alphonse, jeune soldat patriote engagé pour défendre la France, son pays, passe dans les tranchées pour recueillir les lettres de ses camarades du front. La brume enveloppe les corps, masque la fatigue des visages et l’amertume déjà présente dans les yeux des hommes.
Parmi les lettres, il remarque un pli destiné au sud de la France, pays du soleil… L’écriture est ronde, agréable et le destinataire, chose assez remarquable, n’est ni une femme, une fille ou un fils, mais le Maire de la ville d’Auriol.
Une fois sa levée terminée, il fourre toutes les lettres dans son sac et enfourche son vélo. Heureusement, sa cape et sa casquette le protègent du froid. Sa sacoche le déséquilibre un peu mais comme il était facteur il y a encore quelques mois, il pédale assez vite sur les chemins de terre.
Tout à coup, un obus tombe à quelques mètres de lui le projetant au sol, inconscient et la tête ensanglantée. La bandoulière rompt et la sacoche glisse dans le fossé.
Une semaine plus tard, un jeune garçon aux vêtements trop grands ramasse la sacoche, découvre le courrier à l’intérieur et la ramène à la ferme de ses parents. Il la cache sous les planches de la grange de peur que sa mère ne la trouve et ne brûle le contenu dans la cheminée pour chauffer la pièce dans laquelle ils vivent lui, sa mère et ses trois sœurs. Le travail est dur, même en hiver, à la ferme, depuis qu’il est le seul homme de la famille et que sa mère comme ses sœurs comptent sur lui. Les jours, les mois passent…
Deux ans ont passé. Le jeune garçon a atteint ses seize ans et dans l’espoir que cette guerre meurtrière et sans fin cesse, il s’engage à son tour dans les rangs patriotiques. La lettre, abandonnée à son sort, calfeutrée au milieu des missives dans le cuir, attend comme la belle au bois dormant, d’être délivrée de cet oubli involontaire.
Une décennie plus tard, un éclair s’abat sur la grange, le feu embrase le bois, les bêtes meuglent et hennissent. Bertrand, le nouveau fermier, se jette à corps perdu dans l’incendie pour délivrer les animaux en furie. Leurs sabots ont fracassé les planches si bien qu’il se prend les pieds dans une lanière de cuir qui manque de peu de l’envoyer tête première dans les flammes. Intrigué, il ramasse le sac de cuir et passe la lanière sur son épaule tout en attrapant les rennes des chevaux. Il ouvre les barrières des vaches qui s’enfuient vers la liberté sous la pluie battante. Les bêtes enfin sorties d’affaire et sauvées de l’incendie, il confie le sac à sa jeune fille. Il lui intime de le mettre à l’abri dans la maison, alors qu’il reste les bras ballants face à la grange en feu, impuissant comme dans les tranchées lors des bombardements adverses. Il avait failli mourir à cause des lances flammes allemands sans l’intervention d’un camarade... A son retour, il avait trouvé compassion et amour auprès d’Amandine dont le jeune frère n’était pas revenu du front.
Passent quelques jours avant qu’il ne regarde le contenu. L’odeur qui s’en dégage est forte, pleine de mystères. Quand il découvre les lettres, surpris de constater qu’elles ne sont pas datées du tampon postal mais que certaines ont le drapeau de l’armée française imprimé, il décide de les remettre au facteur lors de son prochain passage.
Ainsi les lettres repartent à vélo et atteignent enfin un bureau de poste.
La petite lettre a perdu de sa superbe. Le joli papier blanc avec sa belle écriture est taché et le nom de la ville de destination comme le code postal n’est plus lisible.
La préposée des postes regarde son calendrier mural : 17 septembre 1926 déjà. L’automne s’installe peu à peu avec ses couleurs orangées, engourdit la nature par des températures de plus en plus fraîches. Elle regarde la lettre, cela doit faire assez longtemps que quelqu’un l’a envoyée. Elle se demande vers quelle ville la rediriger. Elle cherche… Cela pourrait être Aurel 84390 ou bien Auriac 11330 ou 19220, il y a aussi Aureille 13930 et Auriol 13390, Aurons 13120 peut-être… six destinations possibles…
Elle établit la liste précise de ces 6 villes et villages, fait un courrier et choisit aléatoirement l’ordre de ces six destinations. Elle note également l’adresse des différents hôtels de ville afin que le courrier suive jusqu’à la bonne adresse sans qu’à chaque fois un postier n’ait à faire toutes ces recherches. Son choix s’est en premier porté sur Auriac celui dont le code postal est 19220.
La lettre part donc pour ce petit village du centre de la France, d’abord en train puis par la route pour atteindre la région limousine en octobre 1926.
Lorsque le maire a la lettre entre les mains et qu’il en découvre l’origine et donc la date de l’envoi, il est ému car pendant la première guerre mondiale, c’est son père qui aurait dû recevoir ce pli. Il le déplie délicatement et découvre qu’un certain Basile Collomp lui demande, au cas où il ne reviendrait pas du front, de léguer sa ferme et ses terres laissées en gérance à un certain Ernest, à son petit neveu dénommé Anatole Cazerus. Le maire, après relecture et vérifications avec l’un de ses adjoints, réalise qu’aucun de ses concitoyens ne peut être ce Basile. Le village ne compte que quelques âmes et il les connaît toutes.
Il décide alors d’envoyer la lettre suivant l’ordre établi.
Nouvelle enveloppe, nouvelle adresse, nouveau timbre et tampon. La lettre se retrouve dans un nouvel abri, l’odeur du cuir s’estompe peu à peu. Destination suivante, toujours Auriac, mais celui dont le code postal est 11 330 dans l’Aude. La lettre part à Carcassonne en camionnette puis poursuit au sud pour arriver au pied du château d’Auriac. Le maire n’a pas besoin de chercher longtemps pour savoir qu’aucun des rares habitants n’est celui de la lettre. Le courrier reprend son chemin vers Aurel dans le Vaucluse 84 390. Il passe par Avignon et arrive dans le village perché au-dessus des champs de lavandes. Le clocher de l’église, avec son toit jaune, accueille la missive à l’été 1927. Le maire comprend lui aussi très vite que Basile Collomp ne faisait pas partie de la commune, ainsi la lettre s’achemine vers l’étape suivante, Aurel dans la Drôme 26340. L’élu, également à la tête de très peu d’habitants, fait suivre le courrier à l’adresse suivante.
La lettre arrive dans les Bouches-du-Rhône à Aureille 13 930 fin 1927. Le château, du haut de sa colline, accueille le fourgon qui dépose un énorme sac à La Poste car il ne vient pas tous les jours sur le petit village. Les lettres sont triées et celles pour le maire déposées en mairie. Elles sont placées sur le bureau de sa secrétaire mais avant qu’elle n’ait eu le temps de les ouvrir, un coup de vent éparpille le courrier dans la pièce. L’enveloppe, même épaisse, s’envole pour venir se coincer derrière un meuble. La secrétaire ramasse les missives sauf celle dont le voyage va encore s’éterniser.
Elle va attendre encore longuement. Les années passent, le petit village au blason sable et pourpre orné d’une tour et d’un lion, paresse au soleil de Provence, puis frissonne, terrifié par l’invasion allemande, respire après cette nouvelle guerre meurtrière, jusqu’au jour de 1954 où le maire décide de remettre à neuf le bureau de sa secrétaire. Les meubles sont déplacés afin d’être démontés et la lettre choisit ce moment pour se laisser glisser au sol, grise de poussière. Les ouvriers, surpris, s’en emparent et s’empressent de la donner au maire qui prend enfin connaissance de son contenu.
L’aventure continue car aucun Collomp n’a jamais habité le village. Alors la lettre s’achemine vers Auron 13121 plus au nord du département, laissant Les Baux en Provence et Salon pour rejoindre les contrées pertuisanes. En arrivant dans ce nouveau village, le facteur, en attendant l’ouverture de la mairie, fait une pause au bistrot de la place. Sa sacoche, ouverte, en tombant d’une chaise, laisse quelques lettres choir sous le comptoir. Et voici ces lettres emprisonnées sous le bois et le zinc pour de nombreuses années.
Soixante ans d’attente, soixante années coincées…
Sans la vente du bistrot et le démantèlement du comptoir, les lettres seraient encore tapies à l’abri du temps.
Enfin la lettre, après un rapide passage en mairie, repart sur la route pour arriver à la dernière ville étape de son interminable périple.

2014 – Mairie d’Auriol.
La lettre est enfin entre les mains de madame le Maire. Mme Garcia déplie précautionneusement le papier avec deux de ses adjoints. Ils vont tous s’employer pendant quelques semaines à retrouver les protagonistes de cette missive envoyée cent ans auparavant.
novembre 2014
© Claudine Mistral
Auriol