29 févr. 2016

17 févr. 2016

Partage (Texte)







Partage

Le soleil irradiait la plage, flamboyant de mille feux. Il réchauffe la peau du vieil homme qui a emmené son petit-fils sur la plage pour une promenade impromptue. Ils marchent lentement, main dans la main, leurs chaussures autour du cou attachées par les lacets. Le sable fin s’infiltre délicatement entre leurs orteils. Aucune parole ne passe leurs lèvres, leur silence est comme un dialogue entendu. Chacun mûrit ses propos pour se raconter leur meilleure histoire. C’est leur habitude. Tant qu’ils déambulent, au son et au rythme des vagues, ils ne parlent pas. Les mots viendront lorsqu’ils s’assoiront.
Le vieil homme, Roger, se remémore cette autre soirée, dans les rues de son village cette fois, avec son fils, à la lumière des lampadaires et des étoiles. C’était l’été aussi, il faisait chaud, avec juste un petit air frais qui caressait leurs cous. Les voitures passaient au ralenti, les lumières des phares formant comme des rubans bicolores. Sa main était posée sur l’épaule de son fils, grand comme lui, aux cheveux châtains et au visage assez carré. La jeunesse brillait dans ses yeux. Ils s’arrêtaient ensuite sur un banc pour discuter de l’avenir, des choix de ce fils prodigue.
Aujourd’hui, il cherche dans le petit d’homme, dont les doigts lui chatouillent la main, les traits de ce fils prématurément disparu. En le regardant, il retrouve son menton proéminent avec sa fossette, ses yeux en amande. Le sable, plus frais, le ramène à la réalité, à cette après-midi de printemps, cette balade. Il serre délicatement la petite main de son petit-fils pour lui prodiguer son amour.
Enzo, quant à lui, se rappelle d’une promenade avec son père. Ils marchaient sur l’herbe humide, les perles de rosée brillaient dans la lumière matinale. Ils cherchaient des insectes, des petites bêtes à observer, à capturer délicatement. Il aimait ces instants de complicité, d’intimes partages. Son père n’était là que pour lui, son sourire, son regard, ses bras pour l’enlacer et lui donner tout l’amour dont Enzo était si avide. La lumière illuminait chaque feuille, parait la nature de bijoux précieux, mais seuls les yeux noisette de son père lui étaient indispensables.
Ces mêmes yeux qu’il retrouve sur le visage de son grand-père, des portes ouvertes sur la tristesse qui les touche mutuellement. Il ne peut pas lui cacher. Il ressent lui aussi ce sentiment, même si, comme le vieil homme, il ne veut rien laisser transparaître sur son visage, comme un grand…
Enfin, ils se sentent prêts et d’un mutuel accord, choisissent une butte de sable, face à la mer pour admirer le soleil s’y jeter. Les mots ne viennent pas immédiatement, les minutes filent puis Roger pose sa main sur la jambe d’Enzo. C’est le signal. Enzo se lance.
   Tu te rappelles ce petit chat chez tatie ?
   Oui…
   Et bien, il s’appelait Filou et un jour…
La brise emporta les paroles de l’enfant qui se mêlèrent aux embruns marins s’éparpillant au gré des vagues. Seuls les grands oiseaux blancs et noirs, dépositaires de ces moments de complicités, connaissent leurs histoires secrètes et jamais ne les dévoileront.

Claudine Mistral
16 février 2016

16 févr. 2016

Plage des Sablettes (Var)



Les deux frères face à la plage des Sablettes à La Seyne-sur-Mer dans le Var (France)
(Pose longue)

15 févr. 2016

Ressort (Texte)





Ressort


Le soleil pointe son nez à travers le ciel alors que  le ressort bondit déjà partout avec énergie. Sur chaque nuage, il glane un peu de ouate, s’alourdissant à chaque bond. Les gouttes d’un arc-en-ciel le désaltèrent en couleurs. Le ressort rouillé se pare d’habits multicolores.
Ereinté, il s’arrête enfin et se pose sur la large feuille d’un chêne rouge sur laquelle il s’endort paisiblement.
Un oiseau, étonné de découvrir cet étrange insecte, le picore et le mène en quelques coups d’ailes jusqu’à son nid. Drôle de papillon ! Inerte et à la fois si solide que son bec grince à son contact. Il le dépose entre les brindilles, comme un souvenir extraordinaire, repartant en quête de nourriture plus substantielle.
Abandonné et reposé, le ressort se réveille. Habillé de ses couleurs vives, il ne passe pas inaperçu au milieu du nid, il préfère se glisser entre les fines branches mais tombe lourdement au sol. La ouate collant encore son corps spiralaire, il ne décolle pas et reste coincé entre deux pierres grises d’une rivière.
Une truite à la robe argentée repère le malheureux. Intriguée, elle s’approche, se frayant un chemin entre les courants mouvementés et les cailloux. Arrivée à sa hauteur, elle gobe l’objet métallique mais, après avoir sucé les couleurs, elle le recrache dégoûtée. Ses prochains petits auront dans leurs gênes les réminiscences de l’aérien arc-en-ciel allègrement déposé sur le ressort. Nettoyé de ses oripeaux, le ressort se retrouve au bord de l’eau où il reste, éberlué d’avoir subi cette dernière aventure.
***

Un petit d’homme, quelques temps après, s’approchant  de la rive, met la main sur le ressort sans énergie. Il le glisse dans sa poche et poursuit sa promenade.
Dans la chambre de l’enfant, le ressort retrouve la lumière. Il est délicatement posé sur une table où de nombreux objets, dans un certain capharnaüm, attendent de retrouver l’attention du petit mécanicien. Ce dernier s’installe sous le rai d’une lampe, paré de divers outils. Une machine sortie de son imagination et de l’adresse de ses juvéniles mains trône, fière, devant lui. Il place le ressort entre deux interstices. Celui-ci retrouve tout à coup son énergie, avec l’étrange sensation d’être enfin à sa place. Il sent la présence d’autres âmes qui, comme lui, attendent l’étincelle magique qui animera cette fabuleuse machine.
Ils patientent ensemble, sages et attentifs, jusqu’au signal de l’enfant, enfin tous assemblés et prêts à s’investir dans ce talentueux projet. Ils se mettent alors en mouvement dans une formidable synchronisation. La machine fonctionne déployant sa magie tandis qu’un radieux sourire illumine le visage enfantin.

Claudine Mistral
Février 2016

Gouttes de couleurs





10 févr. 2016

La musique (Texte)



La musique

La musique,
Je l’aime, douce
Quand je suis fatiguée.
La musique,
Je l’aime, rythmée
Quand je suis accompagnée.


La musique, c’est ma vie
Du matin au soir, elle vit
Dans ma tête, ma chambre
Pour égayer ce silence et mon corps.


La musique,
Je l’aime, particulière
Quand je suis attristée.
La musique,
Je l’aime, différente
Quand je suis amusée.


La musique, c’est ma vie
Du matin au soir, elle vit
Dans ma tête, ma chambre
Pour égayer ce silence et mon corps.


La musique,
Qu’elle soit africaine, anglaise ou française
Je l’aime.
La musique,
Qu’elle soit chinoise, soviétique ou d’Amérique
Je l’aime.


La musique, c’est ma vie
Du matin au soir, elle vit
Dans ma tête, ma chambre
Pour égayer ce silence et mon corps.

Le 27 décembre 1987
Claudine Mistral